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mercredi 13 novembre 2013

Vertige

Mémoire...

Un petit air d'accordéon,
une pinte, c'est ainsi qu'on nommait ces endroits étranges,
une bière,
ou plutôt du vin, rouge ou blanc,
de la Pomme ou du Génépi,
de la fumée de cigarette,
les yeux piquaient,
les hommes buvaient,
le pif tout rouge,
l'oeil perdu,
ils parlaient tout seuls,
des femmes riaient,
se laissaient entraîner dans la danse.
A certaines tables,
des groupes discutaient, vivement,
échanges politiques,
opinions controversées.
Le monde tourne,
les pintes existent-elles encore?
j'ai trouvé la réponse ICI
et ICI où le nom de mon ami Jean-Claude est évoqué...

et moi je m'égare, je m'égare, oulala, je m'égare...


les dessins sont de Bianca.

















lundi 13 mai 2013

Racines célestes



La vie est étrange, surprenante, déroutante.
Je voulais ouvrir une porte, vers l'extérieur.
Je suis partie quelques jours, juste pour vérifier que tout allait bien.
Et oui, Dieu merci, je suis en mesure de circuler dans ce monde.
Et oui, je peux aller chercher dans cette jungle humaine une nourriture et un échange de toute beauté.
J'ai peu dormi et ça m'allait bien.
J'ai beaucoup bougé, et mon corps était content de ce mouvement.
Au retour, une immense joie de retrouver cette terre où j'ai trouvé asile il y a seize ans. Une conviction que j'avais fait le bon choix, une satisfaction devant les trois enfants qui m'attendaient à la maison avec leur père. Partir seule, les laisser en quatuor. Peu à peu, la lumière s'est transformée, un agacement face au quotidien a pris toute la place, enchaînant les contrariétés, obscurcissant l'état joyeux trouvé dans ce petit voyage. Progressivement, la fatigue est venue s'installer. J'ai trouvé au fond de mon sac cet ouvrage que je voulais lire dans le train. J'avais préféré regarder le monde bouillonnant des humains, ces visages, ces paysages, écouter les sons, les voix, mon regard absorbé par ces étrangers certes, mais desquels je me sentais soudain si proche. Qu'est-ce qui m'a pris de venir m'isoler ainsi, de choisir cette vie monastique, de fonder une famille loin de l'humanité? Je suis entourée d'une nature somptueuse, le silence, une harmonie exceptionnelle, une vibration particulière sur cette colline granitique. Je commence la lecture. Je cherche des réponses à mon désarroi. Et parce que je vois qu'il y a là une pépite, et parce que ce lieu, terre indienne, est ouvert délibérément à n'importe quel(le)s visiteu(ses)rs, je n'irai pas plus loin dans ma confession mais je dépose ici le nom de cet ouvrage, quelques mots, un bloc-notes. Oui, je vous indique que je suis dans une période vulnérable. J'ai besoin de vivre une relation très intime avec moi-même alors que je suis entourée d'une jolie tribu, ma posture de mère et d'épouse n'autorisant pas cette fermeture temporaire, cette voix intérieure qui crie et qui demande une écoute de tous les instants.

Sur la premère page de ce livre de Paule Salomon qui oeuvre en moi depuis quelques jours, " La sainte Folie du couple, apprendre à vivre ensemble":
"les sexes sont peut-être plus parents qu'on ne le croit; et le grand renouvellement du monde tiendra sans doute en ceci: l'homme et la femme libérés de toutes les erreurs, de toutes leurs difficultés, ne se rechercheront plus comme des contraires, mais comme des frères et soeurs,comme des proches. Ils uniront leurs humanités pour supporter ensemble gravement, patiemment, le poids de la chair difficile qui leur a été donnée." citation de Rainer Maria Rilke






mercredi 1 mai 2013

Que s'ouvre le ciel




























J'aimerais quitter un peu ce sol,
aller faire un petit tour là-haut,
frapper à une ou deux portes,
dire et demander deux ou trois choses,
confier trois ou quatre soucis,
déposer quatre ou cinq chagrins,
danser cinq ou six musiques divines,
avec six ou sept anges,
alléger un peu ces sept ou huit kilos de contrariétés,
revenir transformée,
comme l'aigle royal qui plane dignement sur cette terre,
caresser de mes ailes les forêts en fleurs,
comme l'hirondelle,
quitter le lieu qui devient trop froid ou trop étroit,
traverser le ciel à tire-d'ailes,
partir, revenir, partir, revenir, partir, mourir, revenir.
J'sais pas, j'sais plus, j'y arrive plus.
J'sais pas, j'sais plus décoller, j'y arrive plus, à déployer mes ailes,
y m'en manque peut-être une?
Un oiseau avec une seule aile,
c'est maladroit,
ça crie un peu,
ça pioune,
c'est fragile,
ça ressemble plus à grand'chose,
ça vole plus,
ça demande juste un peu d'attention,
faut pas lui en vouloir,
faut pas le laisser comme ça.
Un nid douillet,
une chanson,
des mots doux,
quelques gouttes de rosée.


lundi 11 mars 2013

Promesse









Les mots se promènent,
virevoltent,
s'animent,
se bousculent  puis disparaissent
Les phrases ne se forment plus,
ni ne s'accrochent à la matière solide,
là où le noir s'inscrit et transmet.
Des instants de vie si différents,
peu identifiables  parfois.
La métamorphose se fait lentement.
Il y a du confortable,
du joyeux,
du difficile aussi,
de l'énervement parfois,
puis le calme,
de l'attirance,
puis du rejet,
de l'énergie,
de la fatigue,
du mouvement,
du trop-vite,
du trop-lent,
de l'avancement et de la stagnation.
Je n'ai rien sous la main qui prouve ce que je suis à l'instant où j'écris.
Sommes-nous
ce que nous voyons?
pensons?
ressentons?
respirons?
disons?
faisons?
Produisons?
Notre Essence est-elle
visible?
Traduisible?
Et puis,
mon atelier qui prend forme,
en contre-bas de la maison,
une cabane en rondins,
un espace petit, intime, si joli finalement,
rassurant,
comme une matrice.
J'ai hâte de me mettre au travail.
Un peu peur aussi, de ce que je vais y découvrir,
du face à face.
Je vous raconterai!

lundi 24 décembre 2012

Alignement

Dessin de Bianca 4 ans


Je ne suis pas fâchée avec Noël,
non,
au contraire,
le tralala a pris place dans la maison,
je parle du sapin, des boules, des anges, des étoiles,
cette année, beaucoup de fleurs,
des jacinthes dans des jardinières,
au bord des fenêtres,
mais ce n'est pas là mon Essentiel.
Ma concentration est absolue.
Je repousse l'encombrement.
C'est dur, très dur ;-)
Il y a l'encombrement des objets,
des vêtements qui ne sont pas ramassés,
rangement, immédiat,
il y a les choses inutiles,
qui dorment depuis longtemps dans la maison,
à la poubelle, (il y a encore beaucoup à faire).
il y a les fêtes et les tentations de Noël,
attention: pigeon, ne pas se laisser prendre par le flot des dépenses,
bon,
le porte-monnaie a tout de même succombé à quelques tentations gourmandes.
Mais dites-moi?
Quelle est cette lumière, cette étoile qui nous appelle?
Celle que nous cherchons,
serait-elle tapie tout au fond de nos coeurs?
Vous la voyez? Vous la sentez? Vous la faites briller?
Pour cela,
j'ai besoin
de calme,
d'intériorité,
d'espace-temps,
pour que l'émerveillement de chaque minute opère.
Ce coucher de soleil hier....
Cette cueillette de végétal pour garnir la crèche de l'église,
hier après-midi, le soleil brillait,
cette lecture de quelques secondes avant le coucher,
ce vin chaud préparé sans l'avoir programmé,
ces cornes de gazelle préparée avec la copine algérienne,
ce silence,
ce rien-faire.
Disponibilité à l'instant présent.
Voilà ce que je cherche, plus que jamais.

Joyeux Noël!





jeudi 13 décembre 2012

Nasdrovia




Bon,
j'ai perdu le fil...
Terre indienne est endormie,
enfouie sous la neige,
sous la pluie,
sous le froid,
cachée dans les profondeurs,
dialoguant avec le silence des objets,
elle aurait peut-être besoin d'un bon café,
dans un joli bistrot (ça existe encore, ces endroits?).
Si la blogosphère était un lieu, concret, palpable,
ce serait bien, non?
Je pousserais la porte ce soir,
viendrais m'asseoir vers celle-ci ou celui-là,
on réunirait les tables,
on se raconterait des choses,
autour d'une bière, d'un thé ou d'un chocolat chaud,  d'une vodka?
Terre indienne a peut-être besoin de ce Café,
ou d'un baiser pour la réveiller de son sommeil?




mardi 11 septembre 2012

Tears in heaven













Qu'ai-je donc perdu?
Qu'est-ce que je cherche?
Mon corps bute,
dans tout ce désordre.
Une chaise,
un panier de linge,
peu importe ce qui traîne,
je trébuche.
Mes pieds trahissent mon désarroi.
J'ai reculé,
avec ma voiture,
dans le camion de mon mari...
Je m'endors n'importe quand,
pour peu de temps,
pour me réveiller en sursaut,
avec ce vide dans le ventre,
un poids ou une crispation à l'endroit du plexus...
Le manque, mêlé au soulagement.
La tristesse vient,
s'en va,
revient,
identique,
voilée,
non identifiable,
laisse parfois la place pour la joie,
l'enthousiasme pousse la grande porte,
puis se dérobe...
Je n'avais pas réalisé à quel point cette petite fille illuminait mes journées,
je n'avais pas mesuré le chantier que j'avais  laissé lorsqu'elle est arrivée sur terre,
et que je retrouve aujourd'hui.
J'ai perdu momentanément le sens de ma vie.
C'est un peu ridicule, je sais...
Allô coup d'main?
Vzauriez pas une fée, un mage, un druide, une potion magique?



vendredi 31 août 2012

Souvenir de la canicule








L'été n'est pas terminé.
Mais il est terminé.
J'ai eu très peur,
l'année dernière,
de scolariser petite Bianca,
elle montrait clairement qu'elle ne voulait pas y aller,
elle est restée au foyer.
J'ai encore peur.
Mais de quoi?
De la séparation?
De sa transformation?
De son adaptation?
De ma solitude?
J'ai envie d'être seule, un peu.
Elle veut bien y aller,
je crois qu'elle est prête.
C'est un peu compliqué dans ma tête,
mais ça ira,
de retour bientôt ici,
avec de nouvelles images,
une fois que mes poumons auront retrouvé leur capacité ;-)

A très vite!

lundi 6 août 2012

Train numéro 60873

Est-ce le fait d'une rupture,
entre l'inertie et le mouvement,
entre le silence de la nature et les sons de la civilisation urbaine,
entre l'absence de présence humaine et celle de tant de nouveaux visages?
L'association de ces ingrédients m'ont permis d'être instantanément pétillante et vivante,
faisant place à ce que je nommerai "la révélation du train No 60873".

Dans la vie quotidienne des heures et jours précédents mon départ, le contact humain était devenu une source de fatigue, de frustration, l'impression que les évènements extérieurs n'avaient de cesse de me détourner de mes désirs, voire même de mes besoins vitaux, bref, une crise avec le monde environnant. J'avais bien conscience que ceci n'était que le triste reflet de mon état intérieur. Pendant plusieurs années, en Suisse,  le moyen de transport ferroviaire était devenu comme un prolongement de moi-même, je vivais en ville et j'avais fait le choix de ne pas posséder de voiture. Les endroits publics tels que les gares,  ces lieux qui indiquent un mouvement d'un point à un autre de voyageurs anonymes, m'ont souvent permis quelques prises de conscience importantes, laissant une place toute particulière à la relation avec autrui: des regards furtifs, l'air de ne pas se voir, ce brassement d'individus en suspension dans leur trajectoire comme un ballet d'étoiles filantes. J'ai aimé retrouver cet état qui me rappelle ce temps d'avant la vie sur la colline.  A la gare, je ne parvenais pas à composter mon billet. La machine avait fonctionné pour le premier ticket mais butait sur le deuxième. Une jeune femme qui m'observait problablement du quai de départ pour Dijon est venue m'aider et me montrer comment procéder pour débloquer le système défaillant. Ce geste m'a particulièrement touchée pour cette bienveillance offerte  sans en avoir préalablement fait la demande. Le train est arrivé, nous sommes montées et avons trouvé facilement une place disponible dans un compartiment à 4 places. Nous avons d'abord regardé le paysage, puis Bianca s'est penchée  sur sa feuille de papier jouant avec les feutres que j'avais rapidement glissés dans mon sac avant de partir. Alors que mon regard balayait le wagon, observant ça et là les visages des voyageurs,  quelque chose de tout à fait particulier s'est passé à l'intérieur de mon être. "Aime ton prochain comme toi-même", la belle affaire si cela n'est pas vécu avec mes sens. J'ai pu, à cet instant très particulier, et je crois pour la première fois, expérimenter cette Parole en ayant la sensation que tout "autre" était en moi ou moi en lui et ressentir alors un bien-être face à cette présence de prime abord étrangère.  Dès que je m'efforçais à penser qu'il ou elle n'était qu'un(e) "autre", la peur ou la méfiance apparaissait et quelque chose se durcissait, comme si il fallait construire un mur invisible. J'ai joué ainsi pendant le court instant où ce phénomène étonnant se présentait à moi, alternant les deux états d'ouverture et de fermeture face au monde extérieur, me promettant de ne jamais oublier cet enseignement.

Mesdames et Messieurs, nous arrivons en gare de Dijon. Les correspondances pour Mulhouse, Bâle, Zurich sur voie 4. Pour Paris, voie 2. Nous vous souhaitons une agréable journée.

Maman, on arrive bientôt à Colmar?





*Post edit: Comme je l'ai déjà dit précédemment, j'avais rapidement photographié des détails de peinture lors de ma visite au musée Unterlinden, sans prendre le temps de regarder les titres. En utilisant la méthode proposée par Jeanne offerte dans les commentaires du billet précédent, (expliquant qu'il s'agit de glisser l'image dans le moteur de recherche), j'ai découvert, après avoir écrit le texte avec mon choix d'image (un détail agrandi de ces mains magnifiques), le titre du tableau - Noli me tangere, traduit par "ne me touchez pas", parfois, "ne me retiens pas" -  dont l'image de la peinture entière est montrée ci-après. Pour la deuxième image des mains et drapés, je n'ai pas encore trouvé de quel tableau il s'agit.


Noli Me Tangere
Martin Schongauer c. 1470


dimanche 15 avril 2012

Musique de chambre

Nu Féminin - Encre et couleurs sur papier, environ 1955
de Lin Feng-mien
peintre chinois né en 1901 dans la province de Koang-tong au sud de la Chine

Je suis une femme de 49 ans. J'ai mis au monde naturellement notre dernier enfant il y a quatre ans,  une semaine avant mon 45ème anniversaire. Cette petite fille est arrivée à un moment inattendu, probablement le meilleur pour elle. Mon parcours s'est souvent dessiné comme cela: des situations décalées, hors-norme, comme si mon inconscient cherchait à me dérouter, à me faire sortir du cadre. Il y a quelques jours, alors que j'étais enrhumée, grippée et souffrante, ma fille de quatre ans m'a dit, "Ne t'inquiète pas maman, ça va bientôt aller beaucoup mieux". Je lui ai demandé pourquoi. Nous étions à table, elle a répondu avec beaucoup d'aise, comme si nous étions deux vieilles copines déjeunant au café du coin   "parce que tu es vieille" .... et alors? lui ai-je demandé "pourquoi cela devrait-il me soulager?" "eh bien, continua-t-elle tout en avalant un morceau de pomme de terre poêlée, tu vas bientôt mourir". J'ai ri, elle aussi, à gorge déployée, puis j'ai souri longtemps, sincèrement. Je ne m'attendais pas à réagir avec autant de légèreté. Elle l'a dit de façon particulièrement gaie, affectueuse, naïve aussi, comme si elle m'annonçait une très bonne nouvelle. Prise à mon propre piège, car je dis si souvent que je suis une vieille maman, un peu pour m'entendre dire le contraire de mes aînés, qui ont compris ma coquetterie et tiennent, pour le moment, à me rassurer. Au sujet de la mort, lorsque nous l'évoquons, que ce soit pour mon beau-père ou un ami qu'elle n'a pas connu, je lui réponds très calmement, parfois trop légèrement, évitant de prendre un visage sérieux ou triste pour évoquer ce sujet. Je lui dis qu'il ou qu'elle était très âgée ou très malade. Je comprends ainsi que pour elle, évoquant ma fin prochaine comme un soulagement possible à mon état grippal, la mort serait une solution passagère et peut-être utile, sans gravité ni danger pour son existence. Il y a bien sûr quelque chose de juste et de troublant dans cette observation.....     Je ne laisse pas de mots trop personnels sur ce blog, contrairement au précédent. Je montre quelques éclats de lumière, une ouverture de diaphragme sur un instant, un trait ou deux immortalisés sur un petit papier en quelques secondes. J'ai pensé que c'est cela que je pouvais offrir de mieux aux vents et marées de la toile, une aire de repos, légère comme une brise.  Je ne suis pas encore en travail, celui qui m'attend dans l'atelier, des peintures, des dessins qui auraient une évolution quotidienne, organique, un travail qui suivrait véritablement le processus de création. Parce que je viens de fêter mon anniversaire le 4 avril dernier, j'avais envie d'en dire un peu plus aujourd'hui, d'une mise à nu. Ne plus parler de soi, c'est reposant, moins envahissant, plus humble mais comporte un autre danger: celui de se cacher, de fabriquer un masque ou d'esquiver, de se fuir peut-être? Quelque chose a changé. En mieux. Il y a toujours, en surface, des tristesses. Je ne crois pas au bonheur lisse ni à l'état de joie permanente. J'aime la mélancolie, en alternance avec d'autres sentiments plus joyeux, la gamme sans elle serait incomplète, besoin de la note mineure pour mes compositions. La colline où je vis ne me préserve pas des soucis de ce monde, elle me renvoie aussi très souvent à mes limites intérieures, pas de fuite possible ici:  je est devant moi.  Ou moi devant je. Je n'ai pas encore décrypté laquelle est laquelle. Or, même si cette mélancolie est là, de plus en plus apprivoisée, j'ai maintenant accès quand bon me semble à mon jardin intérieur puisque j'ai retrouvé la clé. Et ce jardin est vraiment très beau. J'aime m'y promener, l'admirer, le respirer. Les nuages du monde extérieur essaient parfois d'y pénétrer. Je les laisse car je sais que les pluies qu'ils vont laisser sur leur passage sont des irrigations nécessaires, un arrosage passager. Je ne crains plus les orages. Dans ce jardin, il y a le jour ensoleillé, les nuits étoilées, des fleurs qui naissent puis meurent, laissant la place pour d'autres épanouissements, il y a de la musique et du silence, il y a des rencontres que j'ai intégrées comme une fraterie dans mon architecture personnelle (des textes, des livres, des auteurs, des peintres, cinéastes, chorégraphes, des gens qui ont vécu avant moi mais qui me parlent à travers leurs écrits ou leurs oeuvre) et des retrouvailles (aujourd'hui, Alberto Giacometti), il y a des souvenirs, ceux de mon enfance, avant le Tsunami qui a dévasté la relation familiale, celle de mon origine.  Je suis une femme de 49 ans qui a retrouvé son coeur d'enfant, vous savez, celui que très peu d'adultes savent voir, même lorsqu'on est petit, celui qui n'a pas sa place dans les écoles, celui qui disparaît à l'adolescence lorsque le monde des apparences devient important, encore plus à l'âge adulte, lorsque la quête matérielle prend le pouvoir. Et puis il y a cette nouvelle famille qui m'habite, celle du coeur, les relations tissées au long de ma vie, les voyages, les visages qui restent gravés dans ma mémoire, les sourires, les mots bienveillants que certains m'ont offerts. Je suis née dans un petit pays, une ville suisse au bord du lac Léman. J'ai traversé des frontières, d'est en ouest, du nord au sud, d'ouest en est, pour qu'elles explosent, je voulais être citoyenne du monde. En moi, cela est accompli, même si aucun papier officiel ne peut en donner la preuve. Mon passeport est périmé depuis longtemps, ma carte d'identité également, la carte d'autorisation de séjour française me convient, pour le moment, un état temporaire qui dure depuis 15 ans, depuis que j'ai quitté mon pays d'origine et que je me suis mariée à un français. La nationalité de ce nouveau pays ne vient pas d'office et je ne suis pas prête à affronter la procédure administrative. Je suis une femme de 49 ans avec des kilos en trop, surtout du côté de mon ventre, mais lorsque je pense que c'était là la maison de mes enfants - huit grossesses, trois enfants-  je le regarde avec beaucoup de joie et de tendresse. Mon visage se transforme, les traits s'affaissent petit à petit, j'aimerais qu'il soit plus souriant, qu'il reflète mieux mon jardin intérieur. Ma peau a souffert parfois, à différentes périodes, cet organe a manifesté sa peine par des éruptions qui ont laissé quelques traces qui aujourd'hui me font sourire. Je la soigne quotidiennement avec des huiles naturelles, noisette, jojoba, noyaux d'abricot, et je la sens revivre au fil des ans plutôt que se flétrir. J'ai beaucoup de grains de beauté, dont trois sur le visage, un à droite de l'aile du nez, les deux autres dans le bas du visage. Ces grains sont devenu vilains et verruqueux et, lorsque je les regarde trop attentivement, me font penser à ceux d'une méchante sorcière. Je songe à les faire enlever, ou pas (?), car des cicatrices certainement les remplaceraient. D'autres jours, je suis surprise de voir que je pourrais les aimer, les accepter, comme une constellation bienveillante.... Je suis une femme de 49 ans qui aime les arbres et la lumière, le ciel et le vent, les animaux, tous, mais de plus en plus attirée par les sauvages, qui aime les humains mais pas trop souvent, parce que, à leur contact, je me fatigue beaucoup. Je me ressource dans la solitude que je passe au milieu de l'espace sauvage qui entoure notre maison ou dans des activités sans paroles, une balade à pied ou à cheval, bien que trop rarement disponible pour cela, la danse, le tango argentin hebdomadaire avec mon mari depuis quelques mois et, depuis peu, le tai-chi dans un groupe à 10mn en voiture de notre lieu d'habitation.  Mère au foyer sur une colline isolée peut apparaître, dans votre imaginaire, comme quelque chose d'idéal, ou de très ennuyeux pour d'autres, idyllique pour certains, que sais-je encore. Ma vie est principalement débordante de tâches domestiques et de fatigues liées à l'éducation de trois enfants. Je dégage quelques rares instants de respiration dans mes journées, comme d'autres femmes le font dans un autre cadre, pour me consacrer à cette petite fenêtre, à un instant de photographie ou de dessin, peu de temps pour la rêverie somme toute.... J'aimerais que, un jour,  mon expérience et mon parcours puissent trouver une place parmi mes semblables, au travers d'une activité professionnelle, quelque chose qui me permette de transmettre, de vérifier aussi que ce chemin avait un sens, une place dans ce monde.  Je suis une femme de 49 ans et je vous remercie d'être passé par ici. 



Autoportrait  matinal...






Merci à Chri, chez qui j'ai découvert cette musique dans sa playlist,
 kora et violoncelle, musique de chambre

lundi 13 février 2012

La surface


L'étang est gelé,
nous pouvons marcher dessus à notre guise.
Cet endroit paraît immobile
mais des sons étranges sortant du fond de l'eau gelée
nous montrent que tout bouge encore.
Le froid me transperce,
malgré le poêle à bois qui réchauffe la maison,
mon corps est grelottant,
crispé.
Ni bonheur, ni malheur,
ni joie, ni tristesse,
un état figé,
comme la glace.

Je travaille sur un projet de livre, des photographies sur la région, un travail d'équipe, chacun un sujet libre. Non rémunéré mais cela me permet déjà une mise en mouvement, autre chose que le quotidien de mère au foyer. Je n'arrive pas encore à maîtriser l'appareil réflex prêté. J'ai fait beaucoup d'images, je ne suis pas satisfaite de leur qualité, pour une éventuelle publication. Je n'ose pas  les montrer ici, car elles feront peut-être partie de ce livre qui est prévu pour la fin de l'année; la question se pose à moi: ouvrir un nouvel espace sur invitation, pour voir comment elles vivent une fois mises en pages, vues par d'autres, ou encore  laisser quelques traces ici, quelques images sur le lot. Absorbée par cela, je ne prends pas le temps d'écrire, ou dessiner. Je ne suis pas certaine que la photographie soit vraiment mon "dada". La technique avec ses limites frustrantes: hier par exemple, j'avais oublié de vider ma carte mémoire et je n'ai pas pu continuer à photographier.

Et puis, 
je m'interroge aussi sur le sens d'un blog, 
l'impression que cela ne permet pas d'entrer dans la profondeur, 
ni avec soi, ni avec les autres. 
Attendons que la glace fonde, 
nous verrons ce qu'il se cache au fond de l'eau, peut-être...


jeudi 26 janvier 2012

Déboussolée










Sur cette colline, j'ai déposé mes bagages il y a 15 ans. Les heures, loin des bruits de la ville, se sont d'abord arrêtées. Les contacts avec le monde extérieur se sont raréfiés. Petit à petit,  une maison qui se construit, des enfants qui naissent, le nid qui prend forme, le corps qui change et mon visage que je ne reconnais plus en passant devant le miroir... J'ai le tournis, ne sachant pas toujours si je traverse le temps ou si c'est lui qui me mange. La vie du dehors me fait des signes, m'appelle à sortir du nid. J'y réponds, avec concentration.  Quelque chose s'est mis en mouvement qui me montre le bénéfice de ces années de gestation, de renoncement, que je regarde aujourd'hui avec douceur, compréhension et il faudra bien y ajouter un zeste de compassion. C'est l'hiver, un peu gris, un peu doux. Je ne souhaite rien d'autre que d'être là, ajoutant des couleurs à l'intérieur, admirant les camaïeux brumeux de l'extérieur. De cet endroit, écouter, regarder, aimer ce monde qui bouge, beaucoup. J'aimerais garder mon cap, mon centre de gravité aligné, en souplesse. Et, pour sauter du coq à l'âne, j'aime les fleurs qui fanent, alors, pourquoi ai-je tant de peine avec la mort de l'homme? 

lundi 26 décembre 2011

12 petits mois







J'ai retrouvé ce texte
envoyé l'année dernière par une amie**
Je l'ai aimé, lu et relu.
Puis oublié.

Noël est passé. 
Je l'ai pris comme il venait. 
Je pensais être prête à l'accueillir.
J'ai voulu résister au flot, 
à la vague que cette période peut susciter en dépenses, troubles. 
N'ai-je pas été assez 
concentrée? 
claire?
ou simplement, par l'invention du calendrier, cette date serait-elle devenue un élément "naturel" comparable à la météo, 
pluie torrentielle, 
tempête, 
soleil ou calme plat, 
tsunami, s'abattant comme un reflet de soi?  
Noël est passé,
comme un rouleau compresseur
il a roulé sur les jeunes pousses de mon univers naissant,
mon jardin intérieur est tout saccagé,
je dois maintenant le réparer et je ne sais pas ce qu'il s'est passé tout au fond.

Telle une enfant qui découvre les premiers gestes du crayon sur un papier,
je vais dessiner tous les jours quelque chose,
même si ce n'est qu'un seul trait,
et si quatre traits se croisent,
cela fera une étoile,
si un trait rejoint son point de départ,
cela fera un cercle,
un flocon de neige ou une petite lune.
Eps! toi qui a envie de dessiner,
et sais bien le faire, 
ou ne sais pas du tout,
fais-le de ton côté
et raconte-moi ce que tu as tracé aujourd'hui
sur ce papier blanc qui t'invite à inscrire un peu de toi,
de celui que tu ne connais peut-être pas encore très bien.




12 petits mois


lundi 21 novembre 2011

Cavalière solitaire


Un bal de musique "trad", non, cela ne lui plaisait guère. 
Mais une démonstration de tango argentin, ça, oui, elle le voulait bien.
Et comme il était question des deux mélangés,
elle s'était dit qu'elle irait. 
Elle lui en a parlé, mais elle voyait bien qu'il n'était pas très chaud.
Pas à cause du tango, 
mais plutôt une question de contexte. 
Pas le bon lieu?
pas les bonnes personnes?
pas le bon jour?
Pas le bon quelque chose...
Il aime danser pourtant. 
"J'y sens pas" telle fut la réponse.
Le jour venu, elle a décidé de se préparer, 
"une fois habillée, je verrai bien si j'y vais" avait-elle dit.
Elle a mis des collants, 
les plus jolis, 
et une robe avec des volants.
Elle a mis ses chaussures noires, 
celles qu'elle avait achetées pour aller,
peut-être, 
qui sait?
danser un jour avec lui. 
Elle a mis un cache-coeur en laine par-dessus sa robe, 
puis une écharpe, 
chaude mais élégante, 
puis elle a habillé sa fille, si petite encore 
mais qui voulait bien aller voir la danse avec elle. 
Avant de partir, elles se sont regardées dans le miroir.
Parfait!
Seulement voilà,
arrivée vers sa voiture,
"elle y sentait plus non plus".
Les vêtements sont retournés dans l'armoire,
la petite n'a pas très bien compris à quoi elles avaient joué...

Elle a mis ses chaussures de sport,
pour se consoler,
est partie courir dans le pré des chevaux,
évitant les crottins,
évitant les ronces,
évitante,
décidément évitante.



jeudi 10 novembre 2011

Pauser














La pause, gravure sur bois, par Zhao Xiaomo


Fatigue extrême,
physique,
nerveuse,
et pourtant...
confiance absolue,
paradoxe.
A bout,
au bout,
de bout.
Dormir,
récupérer,
se confier aux bras de la nuit,
se laisser envelopper.

J'aimerais beaucoup être l'auteure de ce dessin,
qui m'accompagne depuis de nombreuses années.

mardi 4 octobre 2011

Clair de lune

Sur la colline,    mer   de   brouillard, 8h00




Chère hirondelle,
Cela fait longtemps que je ne t'ai vue par ici.
Je regarde le ciel.
Est-ce que le temps du grand voyage est arrivé?
J'aurais pu t'écrire de là-bas,
tout au bout de l'horizon,
là où le ciel et l'eau se rejoignent.
Comme c'est beau!
Rentrer chez soi en larmes,
cela ne se fait pas, je sais,
surtout lorsqu'on habite un si bel endroit,
et que tout va pour le mieux, hein, dit?
Mais toi, de là-haut, tu ne t'étonnes pas,
tu connais les turbulences,
tu sais bien que le paysage peut être somptueux,
mais que parfois, et malgré cela,
la route est difficile.
L'océan m'a montré deux ou trois choses de moi,
que j'avais oubliées.
Un peu comme ces coquillages
que l'eau vivante laisse en héritage,
au temps de la marée basse.
Je ne sais pas comment se déroulera l'automne,
puis l'hiver.
Je me suis remise au travail,
je peins.
Je ne vois pas bien ce que je pourrais faire d'autre,
puisque la nostalgie est mon maître,
j'accepte d'être ainsi,
tendue vers un désir lointain,
en quête,
un être éperdument voyageur.

mercredi 28 septembre 2011

Là d'où je viens

Noirmoutier, 22 septembre, 15h26 et 56 secondes




Une assiette de moules,
avec des frites
et une bière.
Une balade sur les quais,
le port qui me rappelle celui de ma ville natale.
Je suis bien ici,
au grand air,
près de l'eau,
à ramasser des coquillages,
regarder les bateaux et l'horizon.
Je ne me doute pas,
à cet instant du 22 septembre,
de l'accrochage de mon âme
à l'immensité de l'eau et du ciel,
de sa difficulté plus tard à la quitter.

dimanche 11 septembre 2011

Union

















Cet homme disait,
un jour,
une heure,
des paroles qui auraient pu être les miennes,
ou les tiennes,
c'était sur TV5 je crois,
parce que c'est un écrivain connu,
une interview? 
Je ne sais plus.
Il parlait de la solitude qu'il éprouvait,
lorsqu'il se trouvait dans des grandes assemblées
et la plénitude,
lorsqu'il était seul,
quelque chose du genre.
Mon essentiel,
c'est lorsque je suis au milieu des arbres,
ou, comme ce midi,
j'aperçois de la légèreté,
deux petits papillons jaune pâle,
qui volaient et virevoltaient dans le ciel orageux,
ou encore comme ce matin,
lorsque nos deux corps enlacés s'unissent;
puis que les larmes jaillissent,
parce qu'il y a du bonheur et du chagrin mélangé.

Voilà, la fête est passée,
le mariage d'un neveu dans ma belle-famille.
Pour tous les mariés du monde,
c'est un jour exceptionnel.
De mon côté,
je n'aime pas ça du tout, du tout, du tout.
Ou pas comme ça.
Enfin, je ne sais pas,
pourquoi je dois faire un tel effort
avec ce genre d'évènement très formaté.
J'ai quand même bien dansé,
avec mon mari,
avec mon deuxième garçon aussi,
le premier n'ose pas je crois.
Et puis j'avais mis ma jolie petite robe,
et des sandales à talons hauts compensés,
parce qu'il faisait beau et chaud,
parce que j'avais envie d'être coquette.
Prendre le meilleur,
laisser le reste.

vendredi 2 septembre 2011

Butterfly



Je ne peux pas retenir
ce soleil qui aujourd'hui encore est si chaud,
mes enfants qui grandissent 
et se transforment,
les tournesols qui plient sous le poids
de leurs graines devenues trop lourdes,
ma peau qui se plisse
il me semble
malgré les soins donnés,
mon corps qui a changé
et changera encore, 
les oiseaux migrateurs
qui bientôt vont nous quitter.
Est revenu à ma mémoire ce matin,
ce temps où j'avais douze ans,
tous mes pas de cet été là,
pieds-nus,
sur l'herbe,
sur les cailloux,
sur tous les chemins,
accompagnée de ma chienne.
Et le temps de la rentrée,
remettre des chaussures
les pieds endoloris,
un peu prisonniers.





vendredi 8 juillet 2011

Qui es-tu, je?

Elle me raconte,
ce qu'elle fait,
dans sa vie,
des évènements forcément grands,
des rencontres avec des gens prodigieux,
bien sûr,
ses créations ici et là,
dans des grandes villes,
internationales,
bien sûr,
je lui pose des questions,
bien sûr,
et ma tête tourne, tourne, tourne, tourne,
face à cette agitation,
j'aimerais être en relation,
j'ose un "je", le mien,
je réalise que mon "je" n'a pas de place
dans son "je",
j'ai voulu forcer,  enfoncer, risquer,
avouer mes doutes et ma faiblesse,
dire mon ordinaire,
et lui faire voir mon extra.
Une petite faille,
au moment du thé,
l'esquisse d'une larme
s'est présentée au coin d'une lèvre
pas encore en forme de goutte,
pas encore atteint l'oeil,
elle ne l'a pas laissée naître,
elle ne la laissera pas couler,
peut-être une prochaine fois,
la porte est juste entre-ouverte.



Quelques difficultés intérieures, en ce moment, à trouver ma place face à mon prochain, à cet autre. L'impression? que chacun cherche à être "je", qu'il y a peu de place pour le "tu", ce que tu es m'intéresses. J'avance sur ce chemin de la relation avec beaucoup de frustration. Alors je couds, j'agite mes doigts, pour ne pas me dissoudre complètement, pour me sentir exister certainement, pour trouver l'articulation avec ce monde. Voici ma dernière création pour une bébée de la famille du côté de mon mari. Ce modèle inventé, photographié ici, une création qui s'appellera comme celle pour qui elle a été créée, Maélie.





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