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lundi 25 novembre 2013

Dans les bras de Morphée

Dessin de Bianca

Il est 7h00. Elle ne pense pas encore à toutes ses tâches quotidiennes, ou peut-être que si, une odeur de déjà vu avant même d'avoir quitté le lit. Elle se retourne, se replie au creux des draps, s'enveloppe de la douceur de la couverture soupire et se rendort.
Il est 7h30. Elle se lève enfin et se dépêche. Quitter la chaleur de la couette, descendre les escaliers, les chevilles endolories qui lui rappellent ce qu'elle a fait la veille.  La petite dort encore.  Les garçons ne l'ont pas dérangée dans son sommeil et sont déjà partis pour l'école. Ils connaissent cet état particulier des matins difficiles de leur mère. Elle va dans la cuisine, allume la gazinière, remplit la casserole d'eau filtrée, la pose sur le feu, elle veut se préparer un thé, évite de penser que aujourd'hui, il n'y aura certainement pas d'espace pour....
cette heure de marche 
cette heure de dessin 
cette heure de montage-film 
cette heure de toi et moi.
Il est 08h15, elle téléphone à l'école maternelle pour excuser l'absence de sa fille qui a mal dormi vous savez, oui, elle tousse un peu, non, elle n'a pas de fièvre.
Il est 08h30. Elle veut réchauffer son thé qui s'est refroidi depuis l'instant d'avant. En se levant de sa chaise, elle sent sa jambe droite qui crie, en souvenir de trois heures dansées la veille, sur des talons aiguilles, quelle drôle d'idée, quand on mesure déjà 1m73 et qu'elle ne porte jamais de talons hauts. Le tango argentin se danse comme ça? Vraiment? Tu pourrais porter des baskets plates la prochaine fois? lui dit la jambe gauche.
Il est 09h00. Elle sort de la maison pour aller vers l'atelier. Elle veut voir cette peinture qu'elle essaie d'accomplir depuis plus d'un mois, un grand format qui sèche dehors, qui reçoit la pluie, le vent, tombe parfois sur l'herbe, s'imprègne de la terre, oui, c'est voulu vous savez, c'est un travail pictural, oui, un dialogue entre les éléments, le support, les pigments, ses mains et son esprit. Ce que ce sera? Elle ne sait pas... Elle soulève la peinture qui s'est écrasée sur ce sol, devant la porte de la petite cabane qui lui sert d'atelier.  Depuis cinq jours, sous le poids de la neige, impossible de la déloger. Non. L'alchimie n'a pa seu lieu. Elle ne valide pas le résultat. Le vent glacial approuve que aujourd'hui n'est pas le jour. Elle retourne dans la maison. Elle voudrait faire ceci et cela, travailler son coup de crayon, continuer d'assembler des images et des sons, écrire le texte. Elle voudrait que la maison soit nette. Elle voudrait que tout s'allège mais ses paupières sont lourdes. Elle retourne à la cuisine faire la vaisselle de la veille. Puisqu'elle a dansé, elle n'a pas lavé. Elle pense à ce stage et ces mouvements ondulants, ces gestes faits sans joie finalement. L'apprentissage et ses peines. Répéter une succesion de pas qui ne viennent pas de l'intérieur.   L'autre jour? Oui, je me souviens lui dit son coeur, c'était différent cette danse avec un homme qu'elle connaissait à peine, cet instant où les gestes étaient placés et accordés, sans paroles, simples et fluides, avec la musique. Aucun attachement à la personne, juste un instant d'harmonie.
Elle quitte la cuisine, elle quitte la vaisselle, elle coupe la ligne du téléphone, elle ne regarde pas quelle heure il est de ce côté-ci de la planète terre, elle retourne se coucher, malgré la lumière du soleil maintenant levé qui illumine la vallée et la chaîne montagneuse en face de sa fenêtre. 

Oui, c'est une belle journée froide qui s'annonce.


*Le dessin est de Bianca
 

lundi 5 août 2013

D'Est en Ouest










Je n'ai pas aimé préparer les valises, ni quitter ma maison. J'ai aimé rouler sur ces nationales interminables qui devaient nous mener au bout du bout, vers cette côte française au bord de l'océan Atlantique. J'ai aimé habiter quelques jours à côté de l'immensité de l'eau, malgré la petite route de la corniche vendéenne qui passait devant, entre la mer et notre maison, ma foi, rien n'est parfait. Je n'ai pas aimé  nos rythmes et nos envies si différentes mais par moment, j'aurais voulu retenir le temps pour que les figures de cette petite équipe que nous formions ne s'effacent pas, garder tel quel l'instant où les esprits enfin s'accordaient, parce que c'était vraiment chouette d'être nous. J'ai commencé à filmer. Je suis maladroite et timide, si vous saviez. Ces premières images, je vais les assembler, les monter avec du texte et de la musique, ce sera un début, assouvir ce besoin qui n'a jamais été comblé, ce rêve d'adolescente, allez, réalise-le ce film, quel qu'il soit, ça ira mieux après! Nous ne sommes pas restés longtemps, 7 petits jours, c'est si peu. Chaque matin, je me réveillais tôt. Peur de ne pas réussir à vivre pleinement l'OCEAN. Les autres dormaient jusqu'au milieu de la matinée. C'est cela même qui n'est pas au point dans ma vie ici, en Bourgogne, je m'endors.  Je vis comme si rien n'allait jamais s'arrêter, alors je ronronne. Une intemporalité illusoire qui me joue des tours. Lorsque je suis en terrain neuf, mes cellules se réveillent, mes yeux veulent voir, mes oreilles entendent mieux, mon corps bouge, du matin au soir, parce que je sais que ce n'est pas éternel, que cela m'échappe déjà et cela, oui, me rend VIVANTE!!! Mes sens en éveil, mon coeur est ouvert, je regarde le monde et les humains qui m'entourent avec confiance et je suis souvent enjouée d'un petit rien. Ce territoire  vierge de tous souvenirs d''enfance me soulage. Je suis née au bord du lac Léman en Suisse, grandi les pieds dans l'eau et la vue sur les montagnes d'en face et alentours, de tous côtés des cimes qui protègent et enferment. Face à la mer, l'absence de frontière visuelle me libère et me donne, il faut bien le dire le vertige.  J'ai aimé chaque lever du soleil, chaque coucher, et j'ai posé la question à ma destinée, en regardant le ciel étoilé, "mais pourquoi m'emmènes-tu toujours plein ouest, dis-le moi, alors que depuis petite, l'Orient et les pays du Soleil Levant me font rêver?" Je n'ai pas aimé rentrer et défaire mes valises mais l'étoile m'a donné une réponse ici qui, quand bien même je suis loin d'être une Déesse, me donne un peu de sens à cette trajectoire que je suis un peu malgré moi depuis un bon nombre d'années :

L'Ouest est le pays du soir, de la vieillesse, de la course descendante du soleil, de l'endroit où il va disparaître dans sa maison. Les années maison y sont donc domiciliées. C'est le côté des femmes, le côté du déclin ; Vénus, comme le soleil, y disparaît. Quetzalcoatl s'y sacrifie pour renaître à l'Est. On l'appelle le pays des brumes, c'est la porte du mystère, du non manifesté, l'en deçà et l'au-delà. Mais les brumes entraînent l'idée de pluie, et donc de fécondité et de fertilité. Aussi les Déesses Mères résident à l'Ouest, où elles ont établi leur jardin, qui est le pendant de celui de Tlaloc, dieu des pluies, à l'Est. Là aussi réside le dieu du Maïs, qui se manifestera à l'Est. Là, enfin, se trouve la déesse des Fleurs et les Poissons de Chalchiuitl ou d'Eau précieuse ou de Pierre précieuse, dans lesquels se résume tout le complexe symbolique qui rassemble l'eau bleu-vert de l'émeraude et du jade, les pluies fécondantes, semence céleste, et le sang naissant, offert au soleil pour sa régénérescence. 




Sushi by Cocoon,
 where the oceans end

In the morning I’ll go down the graveyard
To make sure you’re gone for good
To make sure you won’t hurt again
May you rest in peace
Poney riding, sushi cooking
May you be where you wanted
Oh we talked about it
After 1 or 2 beers
And the worst days that life brings
All the bad movies and all the earthquakes
All the worst days are just buried into the snow
Holy water
Plastic flowers
Well you got what you got what you are
Always running after, always running after
And the worst days that life brings
All the bad movies and all the earthquakes
All the worst days are just burried into the snow
And the worst days that life brings
All the bad movies and all the earthquakes
All the worst days I’ve just burried into the snow

lundi 25 mars 2013

Pegase




Les paroles d'un chant,

"la berceuse"

Marcel Khalife


Dors, dors, petite
Viens t'assoupir sur ce tapis
Viens t'endormir entre mes bras
Bientôt, mon soleil viendra
En nous se lèvera son amour
Viens te blottir entre mes bras
Dors, dors, petite
Viens t'assoupir sur ce tapis
Bientôt, ton papa viendra
Avec son noyau de soleil
Viens, doux oiseau
Tes cheveux noirs resplendissent
Celui qui t'aime t'embrassera
Celui qui te regarde s'épanouira
Dors, dors, petite.


jeudi 7 février 2013

Je flo-conne








Je voulais écrire ceci,
puis cela,
je voulais raconter ce moment-là,
cet autre instant,
cette pensée incroyable qui me traversait,
dèjà passée et oubliée,
ces dessins déjà rangés et que je n'oserai publier,
finalement sourire de ce terrible mot répété trois fois
et qui m'était certainement adressé,
mais regardez, il neige!
et tout s'est évaporé dans les flocons.

jeudi 13 décembre 2012

Nasdrovia




Bon,
j'ai perdu le fil...
Terre indienne est endormie,
enfouie sous la neige,
sous la pluie,
sous le froid,
cachée dans les profondeurs,
dialoguant avec le silence des objets,
elle aurait peut-être besoin d'un bon café,
dans un joli bistrot (ça existe encore, ces endroits?).
Si la blogosphère était un lieu, concret, palpable,
ce serait bien, non?
Je pousserais la porte ce soir,
viendrais m'asseoir vers celle-ci ou celui-là,
on réunirait les tables,
on se raconterait des choses,
autour d'une bière, d'un thé ou d'un chocolat chaud,  d'une vodka?
Terre indienne a peut-être besoin de ce Café,
ou d'un baiser pour la réveiller de son sommeil?




lundi 11 juin 2012

Pluie bienfaisante


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D'où il venait, le petit Pierre, et qui étaient ses parents, je n'en sais rien. Mais un jour, tout simplement, il était là, sur la place du marché, à courir sous la pluie. La tête renversée, il ouvrait grand la bouche pour avaler les gouttes de pluie.
Malgré ses pirouettes, les gens ne faisaient pas attention à lui. Agrippés à leurs parapluies, ils pressaient le pas d'un air maussade. Personne n'aimait la pluie à part Pierre.

La mélodie de la pluie,  Barbara Haupt, Tomek Bogacki, Editions Nord-Sud

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Plic ploc sur le toit,
sur le front,
sur le nez,
sur les épaules,
sur les mains
sur les pieds,
sur la terre,
la pluie et le soleil jouent à cache-cache,
j'aime!





MERCI pour tous vos messages bienveillants sous le billet précédent.

dimanche 15 janvier 2012

Manège










Une musique,
une danse,
du soleil,
un froid qui pique,
le nez,
les doigts.
Un roman qui me donne des ailes,
voilà ce que je peux partager en ce jour radieux!



TOUT LE MONDE EST OCCUPE, Roman, Christian Bobin, extrait page 40 :


"Sainte Marie, mère de Dieu, j'ai un service à vous demander. Trois fois rien. C'est pas pour moi, c'est pour ma fille, Manège. Entre mères, on peut se comprendre. Surtout vous. Avec votre garçon, vous en avez vu de toutes sortes. Je ne dis pas que ma petite est aussi extraordinaire que votre fils. Je le pense mais je ne le dis pas. Comme vous le savez, puisque vous savez tout, Manège ne ferme jamais les yeux. Je m'y suis faite. Mais voilà maintenant qu'elle dit l'avenir. Elle le dit vraiment. Ce qu'elle annonce arrive bel et bien, comme si l'avenir était une porte au bout d'un couloir et qu'elle avait des bras assez longs pour la pousser, cette porte, et dire avec sa voix d'enfant ce qu'il y a derrière. J'ignore d'où ça lui vient. Toutes les mères veulent un enfant exceptionnel, sainte Marie. Mais à ce point-là, je m'étonne, je m'inquiète, je me demande où on va. Vous avez vécu en Palestine, il y a longtemps. Avant la sécurité sociale, la télévision et les programmes de l'Education nationale. Je ne sais pas si vous vous rendez compte. Le monde a changé. Il n'a pas changé dans le fond mais en surface - et c'est bien en surface que nous allons dans le monde. Dans le fond, personne n'y va, c'est trop horrible, infréquentable; Votre garçon marchait sur les eaux et guérissait les aveugles. Pour moins que ça, aujourd'hui, c'est l'hôpital psychiatrique. Je ne veux pas que ma fille devienne un gibier d'hôpital. Pardonnez ma colère, mais c'est que je ne sais plus comment faire. Je vous le redis: tout a changé. En surface. Vous, au  moins, vous avez élevé votre fils tranquillement. C'est à trente ans qu'il commence à se faire remarquer. Manège a cinq ans et déjà on me parle d'elle en me faisant des reproches - ou en me parlant de pédagogie, ce qui revient au même. Qu'elle ne ferme jamais les yeux, ça, les gens s'en fichent. Mais qu'elle leur annonce ce qui les attend, là, ils s'effraient."

vendredi 16 décembre 2011

Source




Résumé et prise de note de la lecture du chapitre "l'hiver" dans 
"Les cinq saisons de l'énergie",
la médecine chinoise au quotidien, 
Isabelle Laading.

L'automne, pour notre calendrier grégorien, touche à sa fin.
Pour le calendrier chinois, c'est l'hiver depuis un certain temps déjà.
L'élément: eau
Jusque début janvier.
Les recommandations: silence, introversion, lenteur.
Lectures, flâneries, rêveries.
Inactivité, non-productivité.
Dormir. Activité minimum.
S'adapter à cette saison, telle l'eau prenant la forme d'un vase.
Le climat: le froid
Les organes: reins et vessie
L'organe des sens: l'oreille, rechercher le silence.
La nature s'endort, les oiseaux se taisent.
C'est le temps du murmure, des anges qui passent, de l'écoute du silence intérieur.

"cette orientation délibérée vers le repos, les rythmes lents, entretient nos forces vitales thésaurisées par les reins. Toute activité extérieure trop prononcée perturbe ces énergies concentrées, fragilise l'organisme et déstabilise les fonctions psychiques. L'attitude du Sage, dans la pensée chinoise, passe par la conformité aux rythmes et cycles de la Nature. Humilité de l'homme sage, qui sait ne pas exercer un pouvoir sur les phénomènes naturels, mais qui accepte simplement son billet de transport pour le grand voyage sur Terre."
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