La vie est étrange, surprenante, déroutante.
Je voulais ouvrir une porte, vers l'extérieur.
Je suis partie quelques jours, juste pour vérifier que tout allait bien.
Et oui, Dieu merci, je suis en mesure de circuler dans ce monde.
Et oui, je peux aller chercher dans cette jungle humaine une nourriture et un échange de toute beauté.
J'ai peu dormi et ça m'allait bien.
J'ai beaucoup bougé, et mon corps était content de ce mouvement.
Au retour, une immense joie de retrouver cette terre où j'ai trouvé asile il y a seize ans. Une conviction que j'avais fait le bon choix, une satisfaction devant les trois enfants qui m'attendaient à la maison avec leur père. Partir seule, les laisser en quatuor. Peu à peu, la lumière s'est transformée, un agacement face au quotidien a pris toute la place, enchaînant les contrariétés, obscurcissant l'état joyeux trouvé dans ce petit voyage. Progressivement, la fatigue est venue s'installer. J'ai trouvé au fond de mon sac cet ouvrage que je voulais lire dans le train. J'avais préféré regarder le monde bouillonnant des humains, ces visages, ces paysages, écouter les sons, les voix, mon regard absorbé par ces étrangers certes, mais desquels je me sentais soudain si proche. Qu'est-ce qui m'a pris de venir m'isoler ainsi, de choisir cette vie monastique, de fonder une famille loin de l'humanité? Je suis entourée d'une nature somptueuse, le silence, une harmonie exceptionnelle, une vibration particulière sur cette colline granitique. Je commence la lecture. Je cherche des réponses à mon désarroi. Et parce que je vois qu'il y a là une pépite, et parce que ce lieu, terre indienne, est ouvert délibérément à n'importe quel(le)s visiteu(ses)rs, je n'irai pas plus loin dans ma confession mais je dépose ici le nom de cet ouvrage, quelques mots, un bloc-notes. Oui, je vous indique que je suis dans une période vulnérable. J'ai besoin de vivre une relation très intime avec moi-même alors que je suis entourée d'une jolie tribu, ma posture de mère et d'épouse n'autorisant pas cette fermeture temporaire, cette voix intérieure qui crie et qui demande une écoute de tous les instants.
Sur la premère page de ce livre de Paule Salomon qui oeuvre en moi depuis quelques jours, " La sainte Folie du couple, apprendre à vivre ensemble":
"les sexes sont peut-être plus parents qu'on ne le croit; et le grand renouvellement du monde tiendra sans doute en ceci: l'homme et la femme libérés de toutes les erreurs, de toutes leurs difficultés, ne se rechercheront plus comme des contraires, mais comme des frères et soeurs,comme des proches. Ils uniront leurs humanités pour supporter ensemble gravement, patiemment, le poids de la chair difficile qui leur a été donnée." citation de Rainer Maria Rilke


